24 et 25 novembre 2018 : un 55e Kan-geiko de Tengu-ryu Karatedo…
…pour « le temps de la paix »
…pour « le temps de la guerre ».


Une forte participation (française, belge, allemande, suisse, russe), une fois encore, remarquable même, en ces temps où s’entraîner sur une dizaine d’heures, deux jours de suite (même le dimanche), est devenue une perspective peu mobilisatrice…Voici quand-même quelques 115 pratiquants de la « main vide » réunis, rien que des adeptes de la « Voie Tengu » de Soke Habersetzer, dont un nombre impressionnant de ceintures noires, du 1er au 7e Dan (pour les Experts Jacques Faieff et Alex Hauwaert, assistants toujours aussi dévoués et efficaces). Avec un nombre impressionnant de stagiaires (les stages de Soke Habersetzer ne sont ouverts qu’aux adultes), en ces temps de repli de la pratique martiale, et malgré le temps qui passe, ce 55ème Kan-geiko fut encore une belle réussite.

 

          Déjà derrière nous.  Bien que certains aient appréhendé jusqu’au dernier moment de se voir bloquer par quelques « gilets jaunes »  sur leur route d’accès à Strasbourg. Il y avait de quoi, pour ce week-end encore annoncé chaud dans le pays, mais certains Tengu, qui veillaient avec bienveillance dans les forêts rhénanes, permirent aux audacieux de passer… !!
          Après les traditionnels mots de bienvenue adressés aux 115 participants (!) à ce stage historique (55 années d’ancienneté tout de même ! et il a fallu se résoudre à clore les inscriptions plus de deux semaines avant), venus encore de si loin parfois, Sensei Roland Habersetzer a tenu à souligner, qu’au-delà de cette fantastique rencontre conviviale qui lui fait à chaque fois chaud au cœur, il était important de comprendre correctement le sens de ce qui allait être pratiqué pendant ces dix prochaines heures sur les tatamis du dojo d’Eschau (Strasbourg). Car si, reconnaît-il volontiers, les gestes du Tengu-ryu Karatedo s’assimilent doucement d’année en année lors de ces séminaires traditionnels de mai et de novembre, il lui semblait aussi que le sens de ces gestes commençait à être moins bien compris, et même à échapper à beaucoup, qui sont repris dans un formatage ancien par une mémoire musculaire classique les ramenant inexorablement vers une gestuelle rien moins que…sportive. Comme un retour à la case départ, une nouvelle mis au point après tant d’années de travail et de discours sur la différence, vitale, entre une pratique sportive (plaisante sans doute, mais simplement…sportive) et une autre strictement orientée vers un martial qui ne peut s’accommoder d’aucun aménagement « de confort » dans ce que l’on fait dans son keikogi. Quelques rappels forts lui paraissaient donc utiles au cours de ces deux jours : ce week-end serait l’occasion pour le Soke de revenir très précisément sur un certain nombre de détails, et d’interprétations, de la « Voie Tengu » (toujours très souvent mal comprise dans sa dimension finale, qui la distingue pourtant fondamentalement de tous ces systèmes de combat fleurissant partout pour tenter de faire face à la baisse d’intérêt pour ce type de pratique).
 
          Il rappela d’entrée ce mot qui lui venait, il y a fort longtemps, de Sensei Matayoshi Shinpo (1922-1997), lors de l’un de ses stages pionniers de Kobudo d’Okinawa à Strasbourg : « En tant de guerre le Budo sert à survivre. En temps de paix, à vivre plus longtemps ». Et d’ajouter que le Tengu-ryu préparait tout à fait à ces deux options : en s’entraînant de manière non inutilement excessive il permettait de mieux gérer l’énergie, qui n’avait pas à être systématiquement sollicitée et poussée à bout lorsqu’un tel excès ne valait pas la peine (avec d’inévitables effets négatifs sur la santé, qui peuvent se révéler bien plus tard, comme si le corps se vengeait de tant de dérives stupides…). Cela, c’est l’intelligence d’un entraînement pour le « temps de paix ». Mais en proposant en même temps des drills pointus (simulations les plus proches possibles d’un combat de survie), basés sur une réactivité explosive et intelligemment dirigée/maîtrisée, Tengu-ryu préparait également à une situation possiblement extrême, unique. Pour le « temps de guerre ». Ou de violence, tout court, au sujet de laquelle il y aurait tant à dire, notamment dans la banalisation qu’en accepte jour après jour notre société. Et qui fait que cette société ne ressemble plus à celle d’il y a deux siècles, ni dans ses comportements ni dans les réponses qu’elle peut donner à une violence quotidienne devenue extrême. Les arts martiaux classiques n’ont d’évidence plus les outils nécessaires pour faire face à ce monde qui a changé : il y a des années que Soke le dit, l’écrit, le répète. Sans que cela n’incite à un début de réflexion et de saine adaptation (avec, surtout, une proposition réellement construite, comme il le fait depuis plus de 20 ans dans son Tengu-ryu).
          Or Tengu-ryu (dans la ligne de ce Budo évoqué par Sensei Matayoshi) n’a rien à voir avec tant de clones « martiaux » qui ratissent large en amalgament parcours de santé, pratiques thérapeutiques orientées, activités ludiques pour enfants ou pour personnes âgées, mélanges habiles entre la danse, la méditation, le flou de bien des explorations dites « internes », le culte du corps, le cardio-training, etc…Tout cela, c’est autre chose. Ce n’est en rien l’objectif du Tengu-ryu. Tengu-ryu, c’est préserver l’humain, pour le temps de paix, mais sans hypothéquer l’efficacité, pour le temps de la lutte de survie. Apprendre le comportement de l’Homme (toujours) - Guerrier (s’il le faut). C’est bien pour cela, pour la franchise de ce discours-là, que cette orientation n’a rien pour séduire une foule de pratiquants appâtés par des discours plus rassurants, plus simples d’accès et plus valorisants pour l’ego. Rien d’étonnant, et il faut s’en faire une raison. Si ce qu’il proposait, souligne encore Soke Habersetzer, était volontairement moins pointu, et moins exclusif, le Ryu drainerait des milliers de pratiquants, et non quelques centaines d’adultes certes déterminés dans un choix qu’ils ont souvent fait depuis des années, mais que l’on rejoint de moins en moins. Un rude rappel, donc, et une mise en garde, à l’entrée de ce séminaire. Une gravité du propos qui surprit avant même que l’on engagea la première technique…
          Quant au programme, une fois ainsi rappelé le cadre de ce qui se ferait au cours de ce week-end, dans l’intention comme dans l’action, il fut comme à l’habitude très riche, formes traditionnelles (katas Shotokan classiques) et adaptations pour le monde actuel (cette marque de Soke Habersetzer). Qui démontra notamment dans les 3 domaines de compétence qu’il a défini pour son Tengu-ryu, l’exact parallélisme, jusque dans la ligne des katas dédiés et leurs Bunkai, entre les mouvements exécutés à main nue, avec Katana, avec Tambo, avec pistolet (une réplique inerte, « red gun », en dojo !). En passant de manière fluide de l’un à l’autre.
          On reprit également une révision approfondie du Tengu Goshin-no-kata, dont la structure même révèle à qui sait se concentrer sur cet esprit du geste ce qui fait de ce Kata un vécu unique : à travers ce qui le relie à la tradition, comme dans l’ouverture de la piste d’une pratique future qui se voudra rester dans le vrai martial. En laissant bien en première ligne de cet ensemble à la fois l’efficacité et l’accompagnement moral et mental de chaque geste. Ce qui fait du Tengu-ryu Karatedo, à la différence de tant d’autres compilations-systèmes de combat actuels, simples recueils de techniques, jamais originales en soi, dans une course à la surenchère qui n’impressionne qu’en l’absence de toute culture martiale, une école qui est habitée par des valeurs humaines honorables, défendables, transmissibles à des générations que notre société prive décidément de repères.
 
          Qu’en dire de plus de ce stage « historique » encore mené de main de maître ? Que l’on a senti comme une sorte de message, de mise en garde, de rappel à l’essentiel, avec une gravité particulière dans les propos du Soke. Qui rappela encore que le socle moral de son Ryu (ce « Ne pas se battre, ne pas subir ») n’est rien si on ne se donne pas les moyens de l’appliquer avec la détermination nécessaire. Tant de questions soulevées qui interpellèrent plus d’un, au point qu’un « pourquoi maintenant ?» était sur les lèvres de nombreux stagiaires lorsque l’on se quitta après ces 10 heures de pratique approfondie sur  la « Voie Tengu ».
          Le curseur d’une pratique « martiale » ainsi remonté au niveau d’où il n’aurait jamais dû bouger, pour que Tengu-ryu (les moyens) débouche réellement sur Tengu-no-michi (la route de toute une vie, que l’on a pu prendre grâce aux moyens proposés par l’école), Sensei Habersetzer a souhaité à ses fidèles « Tengu » (à noter une importante présence cette année de karatékas non membres de l’association CRB-IT) bonne route pour le retour, et une belle fin d’année, en promettant qu’il ferait tout son possible pour que d’autres occasions de ce « plaisir d’aller sur la vie » (Do-raku !) puissent encore avoir lieu dans le futur. A commencer par le 55ème stage de printemps, les  25 et 26 mai 2019.  Ce fut, à l’heure de se séparer, le souhait de toutes et de tous !  Mais plus que d’habitude encore, tout le monde a senti comme un souffle du temps qui s’accélère. Séquence émotion…On vit bien que ce stage anniversaire fut pour le Soke une page tournée sur un  sacré paquet d’aventures et de souvenirs en tant d’années, qui ont laissé bien des traces…Mais on vit aussi, avec plaisir, qu’il avait refait un plein d’énergie au contact enthousiasmant de tant d’amis qui avaient répondu à l’appel de ce Kan-geiko. Et ce ne fut pas le moins important de ce qui s’est passé au cours de ce week-end !

 

 

 

 

 

 

 

Kangeiko 2018
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Soke Habersetzer entouré de ses 5ème, 6ème et 7ème Dan. Les cadres d’une école vivante, qui a fait le choix d’assumer un enseignement martial intégrant les leçons de la tradition et les besoins d’un avenir qui est de jour en jour plus facile à imaginer…

 

 

 

Un passage de grade exceptionnel a suivi samedi soir la première journée de travail. Nathalie Schukina, venue du lointain Oural (ville d’Orenbourg, en Russie), qui en était à son 11ème (!) stage de Strasbourg, s’est soumise, déjà bien fatiguée du décalage horaire et des 5 heures d’entraînement de la journée, aux épreuves de l’examen pour le 3ème Dan Tengu, avec le titre de Renshi-ho (Expert. Troisième niveau en Yudansha). Avec un programme qui n’est pas une mince affaire, mais dans lequel elle a montré ses parfaites assimilation et maîtrise. Respect pour sa constance dans une telle volonté de progresser, et félicitations, Nathalie ! Il y a aussi des Tengu dans les forêts de l’Oural… La voici en action avec Mario Troncoso, son partenaire de Kumite, sous l’œil vigilant de Jacques.

 

 

 

 

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